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ZeValouBlog

Réactions à l'actualité

Publié par Valou sur
Publié dans : #politique, #crise économique, #travail, #chômage, #pole-emploi

Vous avez dit pôle...EMPLOI ?

"Allô ? Je n'ai plus de travail !....Y'a quelqu'un ? - Pour vous inscrire, faites le 1."

Voilà comment commence toute démarche de recherche: par une inscription qui s'avère aussi fastidieuse qu'obligatoire.

La demande de l'Etat est telle d'ailleurs, en matière de démarche administrative, à l'égard du demandeur, qu'il devient légitime dans l'esprit de ce dernier de demander en échange à obtenir un emploi. On est là pour ça, non ?

Au départ, nous sommes trompés sur ce qu'est Pôle-Emploi (petite soeur jumelle de l'ANPE): tout le monde s'attend à y trouver une bourse ou une réserve d'emplois, non pourvus dans son secteur, que l'on va nous proposer avec des conseils appropriés, ou éventuellement d'autres emplois à pourvoir, correspondant à son expérience cognitive, ou mieux encore une mise en relation avec des entreprises qui recrutent.

Un premier rendez-vous, rapide, avec un conseiller, pour un banal bilan de sa situation, laisse de grands espoirs sur la reprise future d'un travail.

Puis un second, collectif, établit en commun avec d'autres demandeurs, laisse de même penser, par le discours formaté (souvent digne d'un psychologue) prononcé par l'instructeur, que tout le monde autour de la table va très vite sortir de sa situation.

Au vu de sa condition de demandeur, un phénomène de résistance commence alors à voir le jour chez ce dernier et va s'émanciper au travers des autres candidats présents, dû à la ferveur du collectif ("je ne suis pas tout seul dans ce cas" -on se sert les coudes à plusieurs). Les fascicules à remplir sur la façon d'entrevoir sa recherche, sa connaissance du marché dans son secteur, et la réflexion à mener sur le fameux "connais-toi toi-même", ne font qu'empirer la situation : un faux semblant, autant de démarches inutiles qui ne font pas avancer le Schmilblick, vers la reprise d'un travail.

Cette résistance une fois installée condamne d'avance le demandeur à culpabiliser sur sa condition. Le but recherché en est certainement le contraire, mais ces démarches ne font qu'aggraver les choses, le côté collectif installant une fausse idée -on est bel et bien seul face à une recherche d'emploi, et le soutien apporté laisse intrinsèquement place à une dépendance ou assistance, à l'encontre de la totale autonomie voulue par ces services mais non avérée -gare à l'atterrissage!

Très vite on s'aperçoit donc que ce n'est pas un centre de proposition d'emploi, ou d'aide à re-trouver un emploi, mais un centre de recherche d'emploi ou tout juste d'aide à la recherche : ne faudrait-il pas le renommer "Pôle Recherche-toi Un Emploi" ?

Vu son obligation à être présent à des rendez-vous -dont le déroulement et l'issue sont fatalement toujours les mêmes (contrôle de la recherche du candidat, impression d'offres sur le site de Pôle Emploi) vu l'absence de connaissances (c'était le cas dans mon domaine) des employés dans son secteur d'activité, vu l'incapacité de cette structure à faire aboutir le demandeur à une reprise de travail, on finit par se poser légitimement la question suivante : "Qu'est-ce que je fous là ?".

On se sent piégé ! On se dit "Non seulement personne ne peut rien pour moi, mais en plus on me fait déplacer et on me demande de me justifier".

La faute revient-elle pour autant dans sa totalité à l'Etat ?

L'existence de Pôle-Emploi telle qu'elle est aujourd'hui n'est aucunement une réponse au chômage. Pire, elle aggrave les situations personnelles en faisant entrevoir d'une part la possibilité de retrouver un emploi -je n'ai jamais retrouvé un emploi par le biais de Pôle Emploi, et d'autre part en faisant du chantage aux ASSEDICS.

Il faut prendre une décision courageuse sur le plan politique aujourd'hui afin de réorienter Pôle-Emploi dans une direction franche. Soit on admet que c'est un centre de recherche, et de conseils sur des méthodes de recherche d'emploi, et auquel cas on fait sauter les obligations pour le demandeur en lui laissant le libre choix d'y faire appel, soit on en fait un vrai réservoir d'offres potentielles à pourvoir avec des passerelles vers les entreprises qui recrutent.

Car aujourd'hui les entreprises profitent elles-mêmes de ce système, à la fois sur le plan financier et sur celui du recrutement, et cela s'avère inefficace: aides à la reprise d'un chômeur, offres de salaires de 20% inférieures à celles du marché, espace de publication d'offres (d'ailleurs dissuasif par sa structure).

Pôle-Emploi, outre son fonctionnement inadéquat, voit en effet ses limites très vite atteintes par l'absence d'accord avec les entreprises.

Il faudrait que Pôle-Emploi puisse soumettre directement des demandeurs aux entreprises afin de faciliter leur recrutement, par des démarches actives effectuées par leur personnel (prise de rendez-vous par email, téléphone ou fax), ou des passerelles automatiques afin de proposer un candidat à un poste. (Peut-être que cela existe, mais cela ne m'a jamais été proposé). Ou encore organiser des journées de recrutement en proposant plusieurs candidats simultanément.

On peut d'ailleurs se demander qui les entreprises recrutent ? A croire que s'il n'y a pas priorité accordée au demandeur, alors on fait place à celui qui est déjà en poste. Il n'y a me semble-t-il pas d'autres possibilités : au travail, ou sans travail.

Il faudrait donc légiférer pour rendre le système efficace, afin de forcer les entreprises à embaucher des personnes au chômage, plutôt que de favoriser le jeu des chaises tournantes.

On ne va pas tout de même une fois encore rendre le chômeur coupable de sa situation. Car qu'est-ce qu'un chômeur ? Soit quelqu'un qui n'a pas encore travaillé, qu'il sorte de ses études ou qu'il soit non qualifié, soit quelqu'un qui a démissionné (avec pression ou non de l'employeur), soit quelqu'un qui arrive à terme de son contrat temporaire, ou pour finir quelqu'un qui avait un travail en CDI et qui n'a jamais demandé à le perdre ! (Ces derniers sont à mon avis les plus nombreux).

Les formations ne sont pas une unique solution à la crise

Je dois ici évoquer mon expérience personnelle : ayant effectué une formation pour cadre de 4 mois, financée par le conseil régional, trouvée par Pôle-Emploi, afin de renforcer mon parcours professionnel de plusieurs années déjà, je me suis vite rendu compte à quel point les recruteurs rencontrés par la suite s'en fichaient pas mal.

J'ai pourtant insisté sur sa durée lors de mes entretiens (une formation en entreprise étant généralement inférieure à 5 jours), j'ai eu l'impression d'avoir droit en réponse "mon pauvre, ce qu'ils ne vous font pas faire lorsque vous êtes au chômage", ou bien "on vous en fait perdre du temps au chômage", ou encore "tu t'es formé et tu crois que ça fait de toi un cador?".

Cette formation loin d'être inutile à mon sens, m'a été trouvée par Pôle-Emploi après un an de demande et de nombreuses relances. Elle était loin d'être acquise par avance : 80 candidats pour 18 places ! L'organisme de formation était quant à lui privé.

Il faut donc certes faire des efforts sur le plan de la formation (à privilégier pour les non-qualifiés), mais faut-il encore que cette formation soit du genre diplômant ou certifiant, sans quoi elle peut être considérée (à tord- c'est ici mon avis) par les recruteurs comme inutile.

Faire de Pôle-Emploi un monopole ?

Et si Pôle-Emploi devenait le monopole des offres tout secteur confondu ? Le gouvernement précédent a pour sa part étendu les offres de CDI à des entreprises privées. Ce qui devait être un succès a plutôt été une débandade. Puisque toute personne en situation de demande passe par la case Pôle-Emploi, pourquoi ne pas lui attribuer les pleins pouvoirs ? Mettre les sociétés de recrutement en concurrence est-elle vraiment une bonne chose à l'heure d'Internet ? En effet, une offre se voit publiée sur tel site mais pas sur tel autre, on peut donc passer à côté. Il y a également des redondances : on trouve plusieurs fois la même annonce. Il n'y a aucune obligation pour un employeur de placer son offre sur le site de Pôle-Emploi. On publie un peu partout d'un côté, et on cherche un peu partout de l'autre. Certains pays (comme l'Allemagne ou l'Angleterre) autorisent à contrario les entreprises privées à facturer l'accès aux offres (ce qui est interdit en France). D'un côté comme de l'autre c'est aujourd'hui la jungle.

Certes, il faudrait revoir le système d'information de Pôle-Emploi dans son ensemble, mais c'est de toute façon à faire d'urgence, vu la complexité du système actuel et la non concordance avec les demandes d'aujourd'hui (Code ROME).

Si le travail est une affaire d'Etat, alors c'est à l'Etat de tout mettre en oeuvre pour que l'on puisse retrouver un travail.

Quant à la résorption du chômage, elle ne peut se faire sans le concours des entreprises, qui pour rappel, en temps de crise, ont effectué leur plus gros bénéfices (CAC40) jamais réalisés depuis l'après-guerre : cela s'appelle surfer sur la crise et se faire de l'argent sur le dos des chômeurs.

Il serait bon également de légiférer sur les manières de recruter: le recrutement, c'est recevoir un candidat. Postuler est une chose, être reçu en est déjà une autre. Quant à retrouver un travail, cela tient aujourd'hui de l'exploit individuel...